Qui sont les gagnants et les perdants des
87es Oscars ? De Birdman à Lady Gaga, en passant par la prestation du maître de
cérémonie Neil Patrick Harris, voici les hauts et les bas de la soirée, en
détail et en vidéos.
LES GAGNANTS
Birdman s'envole
"Qui a donné à ce salaud la Green
Card ?" s'est amusé Sean Penn au moment de remettre à Alejandro Iñárritu
l'oscar du meilleur film. Le réalisateur mexicain n'a pas fait le déplacement
pour rien. Avec quatre statuettes - dont celle du meilleur réalisateur -,
Birdman (qui sort en France mercredi) a été le grand vainqueur de la soirée,
confirmant son statut de favori (neuf sélections). Une consécration amplement
méritée pour cette comédie noire qui rompt avec les tragédies (21 Grammes,
Babel) auxquelles nous avait habitués Iñárritu. Aussi brillant dans la forme -
un long plan-séquence dans les travées d'un théâtre de Broadway - que sur le
fond (une satire cinglante du show-business), Birdman est porté par son
interprète principal, Michael Keaton, qui a pris des risques en acceptant de
jouer un acteur has been ne s'étant jamais remis d'un rôle de super-héros qui
ressemblait fortement à Batman. Seul regret de la soirée : le sosie de Julien
Lepers a été privé de l'oscar par Eddie Redmayne pour son imitation du
physicien Stephen Hawking dans le pas si merveilleux Une merveilleuse histoire
du temps. Voilà qui confirme que, pour décrocher la statuette du meilleur
acteur, il vaut mieux se grimer que d'accepter de se mettre à nu...
Discours de remerciement d'Alejandro
Iñárritu
Alexandre Desplat décroche enfin son oscar
grâce à Grand Budapest Hotel
Cocorico ! Après huit sélections (dont
deux cette année), le compositeur français Alexandre Desplat a enfin remporté
son premier oscar pour sa partition de The Grand Budapest Hotel. Une
consécration pour ce caméléon musical qui, dans le film, a créé la bande-son
d'un pays imaginaire, Zubrowka, symbolisant toute la Mitteleuropa. Grand
Budapest décroche trois autres oscars (meilleurs décors, costumes et
maquillages), une belle revanche pour le dandy Wes Anderson, longtemps snobé
par l'Académie.
Regardez le discours d'Alexandre Desplat
Julianne Moore reconnue à sa juste valeur
Les votants ont de la mémoire. Après
quatre sélections, Julianne Moore remporte enfin et sans surprise sa première
statuette pour son rôle d'une professeur atteinte d'Alzheimer dans Still Alice.
"J'ai lu un article qui disait que gagner un oscar rallongeait l'espérance
de vie de cinq ans. Si c'est vrai, je suis ravie, car mon mari est plus jeune
que moi", a expliqué celle qui n'a pourtant nul besoin de cure de
jouvence.
Discours de Julianne Moore
Les 12 travaux de Patricia Arquette
Elle a offert son visage à l'irréparable
outrage du temps dans Boyhood de Richard Linklater, tourné durant 12 années.
Distinguée au titre de meilleur second rôle féminin, la soeur de Rosanna
Arquette s'est transformée en suffragette en plaidant pour une égalité des
salaires entre hommes et femmes. Meryl Streep et Jennifer Lopez l'ont
chaudement applaudie.
Discours de Patricia Arquette
Whiplash battant
L'oscar du meilleur second rôle masculin
était attendu pour l'extraordinaire J. K. Simmons, homme aux 140 rôles qui va
enfin être reconnu par le grand public. Mais le film de Damien Chazelle, grande
révélation de 2014, remporte aussi les oscars du meilleur montage et mixage.
Après des standing ovations de Sundance à Deauville, en passant par Cannes, ce
Rocky de la batterie achève donc en beauté sa formidable année avec trois
trophées.
Discours de J. K. Simmons
John Legend entre dans l'histoire
Remportant l'oscar de la meilleure
chanson pour le très beau film Selma sur la célèbre marche civique de Martin
Luther King, John Legend et Common ont fait pleurer entre autres Chris Pine et
Oprah Winfrey en évoquant une "lutte pour la justice toujours
d'actualité" et une surreprésentation des Noirs dans les prisons
américaines. La preuve que le combat du Docteur King n'est toujours pas achevé.
La chanson "Glory" interprétée
sur la scène des Oscars
LES PERDANTS
Neil Patrick Harris trop sage
Le numéro d'intro en chanson de Neil
Patrick Harris
On attendait beaucoup de celui qui avait
la lourde tâche de succéder à Ellen DeGeneres comme hôte des Oscars. Neil
Patrick Harris avait tous les atouts pour lui : il est connu des fans de séries
télé pour avoir interprété le surdoué Docteur Doogie et le roi des hétéros
beaufs Barney Stinson dans How I Met Your Mother, mais il est aussi un as des
comédies musicales, vainqueur d'un Tony Award à Broadway. Hélas, après un
premier tour de chant enthousiasmant en hommage à l'histoire d'Hollywood, le
maître de cérémonie a été bien plus laborieux. Il a notamment commis une blague
douteuse sur le "traître" Edward Snowden et, pire, a commis un jeu de
mots sur les "boules"/"couilles" de la robe à pompons de
Dana Perry, lauréate du meilleur court-métrage documentaire, qui venait
d'évoquer la perte de son fils suicidé... C'est ce qu'on appelle une vraie
boulette.
American Sniper éliminé
Avec six nominations, American Sniper
était l'un des favoris dans la course aux Oscars. Il est finalement reparti
quasi bredouille, avec une seule victoire dans une catégorie technique
(meilleur montage sonore). Le film de Clint Eastwood est pourtant
indéniablement le vainqueur de l'année au box-office avec déjà 428 millions de
dollars de recettes dans le monde. Mais les polémiques n'ont pas souvent la
cote auprès de la très sage Académie des Oscars et American Sniper les
collectionnait...
Lire notre analyse : Le sniper qui
déculpabilise l'Amérique
Boyhood arrête sa croissance
Il avait volé la vedette à tout le monde
au début de la saison des prix : Ours d'argent à Berlin, Golden Globes, Bafta,
SAG... Mais Boyhood n'a pas brillé aux Oscars. Douze ans de tournage pour une
seule statuette dorée, ce n'est pas très rentable ! Favori avec six
nominations, Boyhood ne récolte finalement que l'oscar du meilleur second rôle.
Pis, il a eu droit au mépris de l'inénarrable Laurent Weil sur Canal+, qui a
estimé que ce n'était "pas un grand film".
Le scandale Lego
C'était LE grand film d'animation de
l'année 2015, mais La Grande Aventure Lego a été somptueusement ignoré de
l'Académie des Oscars qui n'a même pas daigné le faire concourir au titre de
meilleur film d'animation. Et malgré un numéro musical endiablé, seul moment
vraiment léger d'une cérémonie par ailleurs très monotone, le "blockbuster"
n'a pas non plus été récompensé pour sa chanson super géniale "Everything
Is Awesome".
ON NE SAIT PAS OÙ LA RANGER
S'étant présentée sur le tapis rouge avec
des gants de toilette, Lady Gaga a visiblement fait le ménage dans sa
garde-robe. Exit les tenues en viande, place à une robe immaculée : la popstar
a joué les saintes nitouches pour un hommage surprenant à La Mélodie du
bonheur, qui fête ses 50 ans cette année. Julie Andrews (l'interprète
originale) semble lui avoir donné sa bénédiction. Et vous ?